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« Promouvoir une citoyenneté active, l’auto-organisation de la communauté, et la démocratie directe à travers une initiative référendaire pour modifier la Charte communale de la ville d’Oakland de manière à ce que, nous les habitants, décidions de comment nos impôts sont dépensés« . Voilà, en quelques mots, l’essence du projet « Démocratie dans la communauté ». Précision : la ville d’Oakland aux États-Unis, qui se situe en Californie, compte près de 400 000 habitants.

 

Les lignes ci-dessous sont une traduction, par Populaction, d’un article de Mira Luna publié le 31 juillet 2013 sur la plate-forme shareable.net, intitulé « Community Democracy Project to Open Entire City Budget » (« Le Projet Démocratie dans la communauté, pour ouvrir l’ensemble du budget de la ville »). Il est disponible en anglais à l’adresse : http://www.shareable.net/blog/community-democracy-project-to-open-entire-city-budget


 

Le Projet Démocratie dans la communauté, pour ouvrir l’ensemble du budget de la ville

 

 

Par Mira Luna 

31 juillet 2013

Une interview de Sonya Rifkin, co-directrice et co-fondatrice du Community Democracy Project (Projet Démocratie dans la communauté) initié en novembre 2011 à Oakland, en Californie.

 

Quel est le but du Community Democracy Project ? Une initiative de budget participatif visant à modifier la charte de la ville, qui sera approuvée ou non par les électeurs lors des élections municipales de Novembre 2014. Elle créerait pour les électeurs d’Oakland un processus de démocratie directe leur permettant de participer directement aux décisions touchant le budget communal. La plateforme pour la prise de décision et l’organisation s’appelle l’Assemblée de Quartier (Neighborhood Assembly), qui est un forum permettant de parler et de traiter des différents problèmes. Elle permet aussi aux habitants et aux associations d’habitants (community organizations) de communiquer avec les autorités municipales et les représentants des différents services administratifs.

Tous les habitants de 16 ans ou plus qui ont participé à au moins une réunion d’Assemblée de Quartier peuvent voter sur le budget pour décider de la répartition des dépenses municipales entre services administratifs. Cela aidera les jeunes adultes à participer à des décisions qui affectent leurs vies, comme celles concernant les parcs, la police ou les activités après l’école. Des comités de ville, constitués de tous les habitants intéressés, seront établis afin de traiter de questions particulières et de faire des propositions d’actions qui seront ensuite soumises au vote des habitants de la ville.

Quel est l’objectif ou le but derrière tout cela ? Nous sommes préoccupés par un grand éventail de questions et beaucoup de problèmes ont pour origine des questions de pouvoir – accès aux ressources, pouvoir de décider soi-même des lois, engagement dans des décisions qui affectent nos vies. Les problèmes surviennent en politique quand les bonnes personnes, les personnes concernées, ne sont pas invités à la table de décision. La force de ce processus est de connecter les gens les uns avec les autres, qu’ils comprennent mieux leurs désirs et besoins respectifs, et ainsi de donner du pouvoir aux communautés, ce qui peut avoir être un facteur décisif pour permettre que les gens règlent eux-mêmes leurs propres problèmes. Actuellement, beaucoup d’habitants d’Oakland sont très engagés et proposent des solutions innovantes, mais ils n’ont pas de plateforme pour les porter, et méritent plus de 2 mn au micro.

Pourquoi Oakland ? Étant donné l’histoire d’Oakland et la grande politisation de ses habitants, c’est un endroit parfait pour le faire. Les gens ici sont prêts et ont une bonne compréhension de ce qui ne va pas – la ville est étranglée financièrement et la culture politique exclut la plupart des membres de la communauté. Dans les réunions de ville actuellement, les syndicats des personnels municipaux étalent leurs inquiétudes concernant les problèmes budgétaires. Mais il y a le sentiment parmi les habitants qu’on y met sur la table des inquiétudes relatives à des questions budgétaires discutées mais qu’on ne sait pas ce que ça devient ou que de toute façon la décision a déjà été prise. Nous voulons être impliqués tôt dans le processus pour que cela n’arrive pas.

Combien cela coûterait-il et comment cela serait-il financé ? Comment cela serait-il financé ? L’essentiel du coût réside dans le personnel (les organisateurs) et l’élection. C’est un budget de 4 millions de dollars annuel, qui n’est pas attaché à un mécanisme de financement. Cela pourrait être organisé en même temps qu’une autre élection afin d’économiser au maximum. Le mécanisme de financement serait décidé de manière séparée.

Comment proposez-vous de faire en sorte que les communautés et les gens qui ne sont pas déjà engagés s’engagent dans le processus ? Sont intégrés au projet le personnel pour, dont notamment trois organisateurs par district, afin d’atteindre les communautés les moins engagées et remédier aux disparités. Participer au vote ne demande pas énormément de temps, les gens devront être allés à au moins une réunion pour y participer, mais les Assemblées de Quartier seront autonomes et donc pourront s’organiser en fonction des emplois du temps des gens qui y habitent et faire ce qu’il faut pour encourager les gens de leur quartier à s’y rendre. Chaque assemblée aura un budget pour la salle, le repas, la garde des enfants, etc., et aura lieu dans le quartier.

Quelles différences entre votre projet et d’autres projets de budget participatif ? Ce serait l’initiative de budget participatif la plus ambitieuse parmi les grandes villes américaines, une des plus ambitieuses du monde, similaire au processus budgétaire de Porto Alegre au Brésil. Nous visons un changement systémique et de long terme de la loi, une forme protégée de démocratie directe, pour permettre aux gens de prendre ces décisions de manière à ce qu’ils ne soient plus dépendants de la volonté politique individuelle. De nombreux projets de budget participatif ne concernent que de toutes petites parties du budget communal et peuvent disparaître au moindre changement des élus municipaux. Cela créera des opportunités en terme d’engagement, de reprise en main du pouvoir et d’éducation.

Quelle est l’importance des Assemblées de quartier dans le processus ? Les Assemblées de Quartier sont le cœur du processus. Elles auront des réunions mensuelles, des directeurs élus, écouteront des présentations faites par les fonctionnaires municipaux, seront formés sur les programmes municipaux et le budget. Les Comités de ville sont créés sur la base des problèmes exprimés dans les Assemblées de Quartier.

Quel sera le rôle de l’administration municipale ? Le plus gros du travail technique et du travail d’analyse sera toujours fait par l’administration municipale. Ce processus ouvre l’échange entre les autorités municipales et les habitants. Les fonctionnaires municipaux présenteraient leurs rapports aux habitants plutôt qu’aux élus municipaux. Les Comités de ville sur les parcs par exemple pourraient inclure les équipes municipales compétentes sur le sujet, des représentants des communautés, et des parents pour élargir les perspectives inclues dans la discussion.

Quels sont, de votre point de vue, les challenges pour que le projet soit adopté et mis en œuvre ? La volonté de mobiliser les gens. Nous avons besoin d’avoir 15 % des électeurs inscrits, équivalent à plus moins 30 à 40 milles signatures en 180 jours pour pouvoir mettre le projet au vote. Le cœur de notre organisation est constitué de 8-10 personnes, avec une base d’à peu près 500 soutiens et contacts. Nous avons aussi besoin de gagner une campagne visant à convaincre les gens de créer un changement systémique qui donne du pouvoir aux habitants, et cela va inévitablement déclencher une forte opposition que nous aurons à combattre. Amener les gens à se projeter vers quelque chose de nouveau et les amener à croire que c’est possible est aussi un challenge. Mais la vraie démocratie est une idée très ancienne qui nous rappelle cette possibilité.

Quelles sont vos prochaines étapes ? Nous avons eu l’approbation de la ville et donc nous organisons notre évènement de lancement ce samedi. Chaque samedi et dimanche nous rassemblerons des signatures et tiendrons d’autres évènements pendant la semaine. Pour vous impliquer, vous pouvez « liker » notre page facebook, jettez un œil sur le schéma de notre processus budgétaire, et en apprendre plus sur notre site internet.

 

Pour initier un processus de budget participatif dans votre ville, regardez le Participatory Budgeting Project.