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Dans l’histoire de l’humanité « jamais les dominants n’ont été aussi prédateurs qu’aujourd’hui ». Analysant le système économique actuel et les lois qui régissent nos sociétés, Ricardo Petrella – italien, économiste et professeur à l’Université de Louvain en Belgique et président de l’Université du Bien Commun - montre bien comment les lois internationales et nationales et le dogme de liberté économique totale (la liberté d’acheter tout et n’importe quoi, n’importe ou) sont destructeurs et facteurs d’appauvrissement pour le commun des mortels; ainsi, par exemple, de l’accaparement par des étrangers des terres africaines (qui ne sont bien évidemment pas pour peu dans les problèmes de famine) ou des spéculations sur le prix du blé ou du riz. Ainsi de la marchandisation, petit-a-petit, de tous les aspects de la vie humaine, et de tous les biens publics vitaux : eau, air, énergies, forêts… : les biens communs. « Le système de monétarisation de la vie qu’ils sont en train de mettre en place est un vol global de l’histoire de l’humanité ». « Plutôt que de pauvres, analyse-t-il lucidement, il convient de parler d’appauvris, et plutôt que de pauvreté, d’ appauvrissement ».

Alors que le monde compte sans cesse toujours plus de milliardaires, les exemples mis en avant par Ricardo Petrella montrent bien comment certaines de nos lois et institutions constituent en fait des instruments d’appauvrissement, et comment « la bataille contre l’appauvrissement c’est en fait la bataille contre l’enrichissement inégal, injuste et prédateur ».

 

Le processus international de privatisation de l’eau ou le Droit au service des riches : quelques dates clefs

  • Les années 70 ont permis au capital privé (grâce aux plans d’ajustement structurels du FMI et de la Banque mondiale) et aux grandes entreprises hydriques françaises, fortement aidées par l’État, américaines, anglaises, suisses ou allemandes – de s’accaparer la plupart des travaux de construction de barrages, aqueducs, réservoirs, puits, et des services de gestion correspondants des pays pauvres.

  • En 1992, à Dublin, lors de la conférence internationale des Nations unies, « pour la première fois, le capital privé réussit à faire accepter par les pouvoirs publics le principe que l’eau doit être – considérée comme un «bien économique » soumis aux lois du marché et non plus comme un « bien social». » (1)

  • Puis, en 1995 : « le capital privé réussit à faire inclure les services de l’eau dans les tractations sur les services au niveau de l’AGCS (Accord général sur le commerce des services). Parmi les gouvernements les plus convaincus et acharnés en soutien de l’inclusion figurent les pays européens » (2). Ce qui a été fait dans les pays du Sud va ainsi pouvoir s’amplifier et se dérouler également dans les pays du Nord.

  • « 1996 : les entreprises privées créent le Conseil mondial de l’eau avec le soutien enthousiaste de la Banque mondiale, de nombreuses organisations spécialisées de l’ONU et des gouvernements français, canadien, suédois, japonais, égyptien, hollandais, marocain. Elles lancent en 1997 le premier Forum mondial de l’eau à échéance triennale.

  • En dix ans, elles ont réussi à faire croire à bon nombre de dirigeants politiques et aux médias du monde entier que le Conseil mondial de l’eau est une initiative publique liée aux Nations unies. En réalité, c’est une organisation privée de droit français – dont le siège est à Marseille – dirigée par le président d’une filiale conjointe des deux principales entreprises de l’eau mondiales (les françaises Ondeo et Veolia). Mais encore, grâce au Forum mondial de l’eau, elles sont parvenues à diffuser leurs principes comme culture mondiale de l’eau aujourd’hui dominante :

  • l’eau est un bien économique dont le prix doit couvrir les couts totaux, y inclus le profit et la rémunération du risque ;

  • la gestion privée des services est plus efficiente, plus économique que la gestion publique ;

  • les services de l’eau doivent être libéralisés

  • le capital privé doit financer les coûts de gestion des services, tandis que les investissements dans les infrastructures doivent être financés à travers le partenariat public-privé. » (3)

NOTES :

  1. Voix rebelles du monde – Rebel Voices of the World -, par ATTAC 04 (Alpes de Haute-Provence), HB Éditions, 2007.

  2. Ibid

  3. Ibid