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Face à une situation grandement détériorée – tant du point de vue des libertés individuelles et politiques que du point de vue économique (situation très très difficile pour de nombreux tunisiens) – depuis l’élection d’Ennahdha, et face à la répression qui sévit, les organisations et citoyens tunisiens luttent toujours (grosses manifestations, événements, accueil du Forum Social Mondial, débats et autres types d’actions populaires politiques) pour éviter le retour du pire et pour essayer de construire un système politique, économique et social qui soit dans l’intérêt de la population.

Le Forum Social Mondial (FSM) de Tunis a pris fin et la plupart de ses protagonistes non tunisiens sont désormais rentrés chez eux, déçus pour certains, plein d’énergie et de projets pour d’autres. Malheureusement notre lecteur devra patienter pour profiter des photos des événements que nous allons ci-dessous raconter, pour cause de virus sur l’appareil photo (merci les internet-cafés !) qui nous a accompagné durant ces jours très pleins.

 

Le FSM s’est conclu, samedi, comme il avait commencé, par une marche géante dans les rues de Tunis, cette fois pour soutenir les Palestiniens. Et les jeunes volontaires tunisiens, épuisés mais satisfaits, profitent depuis quelques jours maintenant d’un repos bien mérité, avant de se replonger de plus belle dans la poursuite de cette Révolution qui est loin d’être terminée, tant la situation des Tunisiens reste délicate.

 

LA SITUATION EN TUNISIE ACTUELLEMENT

Il est toujours interdit (sous peine de prison) d’embrasser une fille dans la rue, les femmes – mis à part quelques exceptions dans les endroits chics ou centraux de la ville – sont toujours absentes des innombrables cafés de la capitale (et ne parlons pas des petites villes ou des campagnes), les salafistes sont plus que jamais présents dans tout le pays et leur loi et leur regard inquisiteur accompagne quasi constamment les gestes et les actes de chaque tunisienne et tunisien; il est toujours interdit de boire le vendredi, et fumer un joint peut coûter la prison et une amende gigantesque. Les manifestants, opposants politiques ou activistes de l’opposition sont quant à eux toujours soumis aux méfaits des policiers. L’esprit et le meurtre, il y a plus d’un mois, de Chokri Belaïd, le leader de gauche du Front Populaire (coalition de partis de gauche créée après les élections de 2011) dont les portraits et photos étaient très nombreux sur le campus étudiant accueillant le Forum social, flottent au dessus de toutes les têtes.

En bref, la répression est toujours omniprésente, et l’influence de l’ »islam » salafiste – qui dispose de moyens financiers presque sans limite, grâce à l’argent saoudien, qatari… – toujours plus forte. Si les choses s’étaient améliorées suite aux grands acquis et promesses de la révolution, depuis l’élection d’Ennahdha il est clair pour tous que le processus de libération et d’émancipation fait marche arrière, même si les tunisiens luttent chaque jour contre, tant qu’ils le peuvent, de mille et une manières.

 

UNE RÉVOLUTION QUI CONTINUE

Le peuple Tunisien, dans son extrême majorité, mené par ses jeunes – au courage et à la foi dans l’être humain indestructibles -, qui ont été à la tête de la Révolution (et continuent de l’être), a entrevu le pouvoir qui était le sien, sa force, sa légitimité, ses possibilité, et a, accessoirement (!!!), réveillé le monde entier (Égypte, Espagne et Europe, États-Unis…). A Tunis, les discussions politiques fleurissent dans les rues, et beaucoup de cafés sont des agoras. Le nombre de partis s’est quant à lui envolé après la Révolution (une centaine en plus, nouveaux ou simplement légalisés, autorisés !). L’activité politique est intense, et c’est pourquoi ce FSM a été quelque chose de grand dans l’esprit de la jeunesse tunisienne présente, quelque chose pour lequel ils ont travaillé pendant des mois.

Les tunisiennes et tunisiens présents – volontaires (des milliers), organisateurs, membres d’associations, participants – ont été très fiers d’accueillir les associations, syndicats et autres mouvements citoyens du monde entier, très fiers aussi de s’être acquis de cette tâche admirablement, et reconnaissants envers ces individus ou organismes étrangers engagés politiquement de s’être déplacés et d’être venus soutenir – ne serait-ce que pour quelques jours – leur Révolution. Si l’accueil de cet évènement unique au monde est aussi un moyen pour les gouvernants tunisiens actuels d’afficher leur ouverture et leur progressisme, les innombrables participants tunisiens au FSM ont volontiers fait comprendre à leurs hôtes que la façade cachait de graves problèmes.

Si, au soir et au lendemain des premières élections libres en Tunisie depuis bien longtemps – les élections de l’Assemblée constituante du 23 octobre 2011 -, les individus du monde entier ont eu le droit à une célébration internationale du retour de la démocratie en Tunisie, par les chefs d’État et par la plupart des grands médias du monde qui ont annoncé un taux de participation historique (certains évoquant même 70 ou 90 % !!!), le taux de participation électorale à ces premières élections majeures (élire 217 représentants pour qu’ils élaborent, devant les caméras et en direct pendant des mois, une nouvelle constitution) n’a été en fait été que de 54 % ! (1)

En effet, beaucoup de tunisiens n’ont pas pu voter : énormément de bureaux de vote à travers tout le pays étaient si petits que les électeurs ont du faire la queue plusieurs heures, et sont retournés finalement à la maison sans avoir voté… D’autre part, de nombreux électeurs ont voté pour Ennahdha ou pour l’un de ses alliés car on leur a donné de l’argent pour cela. Enfin, l’éclatement du paysage politique (une centaine de partis créés ou officialisés après la Révolution) et la proportionnalité du scrutin ont largement joué en faveur d’Ennahdha et de ses alliés, et porté préjudice à une gauche éclatée, pas encore unie autour de Chokri Belaïd au sein du Front Populaire.

Pourtant, l’effet médiatique a, là encore, était efficace et trompeur, les agences de presse et les principaux médias annonçant, à la suite des déclarations de la Commission électorale indépendante et des observateurs internationaux, qu’aucun dysfonctionnement majeur n’avaient été constaté dans le déroulement du scrutin. « Aucune irrégularité majeure, mais des retards dus à la difficulté pour certains électeurs de trouver leur bureau de vote » déclarait à l’AFP Michael Gaelher, le chef de la mission d’observation de l’Union européenne.

 

UNE POPULATION SOUMISE, ELLE AUSSI, AUX DIKTATS POLITIQUES du FMI et du SYSTÈME FINANCIER INTERNATIONAL

Les choses sont dures pour les tunisiens et les combats très difficiles, tant au niveau politique et militant qu’au niveau de la simple survie : la situation économique et le chômage se sont fortement aggravés depuis La Révolution. La Révolution n’est pas finie, dans cette Tunisie actuellement soumise – elle aussi – aux diktats du FMI et de ses créanciers internationaux : l’État tunisien a notamment dû obéir et supprimer le soutien financier que l’État apportait jusque là pour rendre abordables les prix des aliments de première nécessité, entraînant le doublement des prix pour les aliments basiques, et plongeant encore plus de citoyens dans la précarité et la pauvreté.

La question de la dette a donc bien évidemment a été centrale au FSM (et le stand du CADTM, idéalement placé, et les débats organisés par lui ont connu une grande assistance), à travers les différents ateliers tout au long de la semaine et à travers l’assemblée de convergence des mouvements citoyens étrangers et tunisiens présents, dont les passionnantes conclusions sont disponibles en ligne.

A voir aussi !!!! Le compte-rendu de l’énorme Assemblée des Femmes, qui s’est déroulé dans le cadre du FSM, sur le Blog « Entre les lignes entre les mots » !!!

 

NOTES :

(1) : Voir http://www.lepoint.fr/monde/resultats-definitifs-des-elections-en-tunisie-14-11-2011-1396033_24.php ou http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/11/14/97001-20111114FILWWW00430-tunisieelections89-sieges-pour-ennahda.php