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Cet article passionnant qui s’intitule « The Fall of the Argentine Assembly Movement - Why Did the Neighborhood Assembly Movement in Argentina Disappear? », disponible à l’adresse http://new-compass.net/news/fall-argentine-assembly-movement, est issu du site internet New Compass, y a été publié le 5 novembre 2011, et a été traduit par nos soins.

La disparition du Mouvement des Assemblées argentin

Pourquoi le Mouvement argentin des assemblées de quartiers a-t-il disparu ?

 

De nouveaux mouvements sociaux basés sur les assemblées ouvertes à tous émergent dans toujours plus d’endroits en Europe et en Amérique du Nord comme réponse au sauvetage financier des banques par les États, au chômage, aux mesures d’austérité et à l’augmentation des inégalités économiques. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que des mouvements d’assemblées apparaissent, et il y a beaucoup à apprendre des réussites et erreurs des expériences du passé.

 

Un des exemples les plus récents est celui de l’Argentine et de ce qui a été qualifié de première rébellion contre le néolibéralisme du 21ème siècle. Les assemblées d’habitants de la capitale Buenos Aires et des autres villes argentines ont été décrites dans de précédents articles de New Compass, notamment Popular Assemblies in Revolts and Revolutions (Les Assemblées populaires dans les révoltes et les révolutions) From Argentina to Wall Street (De l’Argentine à Wall Street) et Is Power Always bad? (Le pouvoir est-il toujours mauvais ?).

 

Néanmoins, il y a un manque d’informations en anglais évaluant les forces et les faiblesses du mouvement des assemblées en Argentine. La plupart des publications en anglais publiées pendant la révolte argentine, plutôt que de l’approcher de manière critique, essayaient soit de communiquer l’état d’esprit des activistes à Buenos Aires soit d’appeler Européens et Américains à la solidarité avec le mouvement.

 

Plus rares encore sont les textes qui se sont demandés pourquoi le mouvement avait échoué et finalement disparu. Une des rares exceptions est – de manière assez surprenante – un mémoire de licence de Mariah Thompson à l’Université de l’Oregon en 2010. Ce mémoire, intitulé The Disappearance of the Neighborhood Assembly Movement in Buenos Aires – Argentina 2001-2004: A Phase of Demobilization? (La disparition du Mouvement des assemblées de quartiers à Buenos Aires – Argentine 2011-2004 : une phase de démobilisation ?), se base sur des sources secondaires écrites par des activistes et professeurs espagnols, ainsi que sur des entretiens conduits par Thompson avec des personnes qui ont participé au mouvement des assemblées.

 

J’ai choisi d’écrire un court compte-rendu du mémoire de Thompson, parce que je pense que les enseignements tirés en Argentine peuvent être importants pour les mouvements d’assemblées qui émergent partout dans le monde. Ce n’est qu’en apprenant des succès et échecs des mouvements du passé que la lutte pour une « démocratie réelle » (« real democracy ») pourra être fructueuse.

 

Brève introduction au Mouvement des Assemblées argentin

 

Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas plus que ça le mouvement argentin des Assemblées, voici un court résumé. Comme l’écrit Thompson le mouvement des assemblées est né dans une situation de vide de pouvoir suite à la crise économique nationale qui a frappé l’Argentine en 2001:

 

Après les jours de protestations, des gens de la classe moyenne dont les comptes bancaires avaient été vidés, qui avaient perdu leur emploi et leur gagne-pain se rassemblèrent pour essayer d’organiser, au milieu de ce chaos, un mouvement dans les rues. Le mouvement des assemblées de quartiers fut donc un moyen pour essayer de trouver des solutions aux besoins immédiats des communautés, tout en créant une méthode alternative de participation publique qui soit réellement démocratique et sous le contrôle des habitants.

 

Trois mois après le commencement de la révolte il y avait près de 120 assemblées populaires à Buenos Aires seulement, et des assemblées étaient établies dans les autres villes à travers tout le pays. Les assemblées devinrent très populaires parmi les habitants de la capitale. A un moment donné, comme le relatait un sondage d’un journal local, 1/3 des habitants avaient participé à une assemblée populaire ou à une activité organisée par elles.

 

Il y eut des tentatives de réunir toutes les assemblées locales en une assemblée de ville. Cette Asamblea Interbarrial (Assemblée Inter-quartiers), comme elle était appelée, réunit à quelques reprises plusieurs milliers de personnes, et prit des décisions, des résolutions sur des questions d’importance nationale. Les assemblées locales prirent également en charge certaines fonctions indispensables à l’échelle communale. Comme l’explique Thompson :

 

Les assemblées étaient très actives pour essayer de régler les problèmes de la communauté. Les habitants se réunissaient quotidiennement ou de manière hebdomadaire pour trouver des solutions à la crise économique qui les frappait et pour préparer chaque semaine les manifestations contre l’État. En réaction aux effets négatifs que la crise avait sur leurs quartiers, ils commencèrent à mettre en place des cuisines communautaires gratuites, des cours d’enseignement, des infirmeries et d’autres services de base dont leur communauté avait besoin. Les assemblées participèrent également aux actions de protestations des autres mouvements sociaux comme celles du Mouvement pour les Droits de l’Homme, du Mouvement des Récupérations d’Usines, et du mouvement des chômeurs. Finalement, des assemblées commencèrent à créer leurs propres espaces dans des immeubles, parfois en occupant un endroit laissé vaquant par son propriétaire. En plus de tout cela, les assemblées mirent en œuvre des projets plus ambitieux, mettant notamment en place de nouvelles organisations, telles des boulangeries communautaires.

La plupart des assemblées de Buenos Aires sont nées en Décembre 2001 et dans les tout premiers mois de 2002, mais dès fin 2002-début 2003 la plupart d’entre elles avaient déjà disparu et le mouvement avait perdu son élan. Thompson donnent deux explications principales quant aux raisons pour lesquelles le mouvement des assemblées a disparu si rapidement. La première est la fatigue, l’épuisement de ses membres causé par les actions des partis politiques. La deuxième, les concessions faites par le gouvernement en réponse aux demandes du mouvement des assemblées, qui ont redonné aux gens confiance dans le système politique étatique.

 

Partis politiques – Division et Épuisement

 

L’implication des différents partis de gauche a eu un double effet sur les membres des assemblées. D’un côté, les gens qui n’appartenaient à aucun parti (de gauche) se sont fatigués des discussions internes partisanes qui étaient amenées sur la scène des assemblées. D’un autre côté, les gens qui avaient rejoint les assemblées parce qu’ils espéraient que cela mènerait à un nouveau type de politique – de démocratie directe -, se sont désillusionnés au fur et à mesure que les assemblées se divisaient de plus en plus selon les lignes partisanes ou bien étaient utilisées comme moyens de s’assurer des voix aux élections nationales .

 

Dans certains quartiers un des résultats de l’implication des partis politiques a été que l’assemblée était divisée en de nombreuses petites assemblées spécialement affiliées à tel ou tel parti politique:

 

Certaines assemblées ouvertement partisanes se formèrent, certains partis traditionnels capitalisant sur le désir d’action organisée des citoyens et canalisant avec succès cette énergie en créant des assemblées affiliées au parti. Dans les deux quartiers de San Telmo et de Villa Crespo, ce qui commença comme une grande assemblée de plusieurs centaines d’habitants finit rapidement par se scinder en trois assemblées séparées, plus ou moins étroitement liées à un parti politique. [...] Cela signifie que l’énergie qui aurait pu être consacrée à la lutte contre les institutions de l’État fut redirigée vers une politique réformiste, ces assemblées poussant à l’élection de tel ou tel parti plutôt qu’à un nouveau système politique tout entier.

 

L’assemblée de ville – l’Asamblea Interbarrial – fut tout spécialement traversée par des débats idéologiques ou sur les stratégies qui n’étaient pas très en phase avec les problèmes et défis auxquels le mouvement des assemblées faisait face:

Les partis politiques n’ont pas simplement essayé d’institutionnaliser leurs propres assemblées sur le terrain, ils ont surtout essayé de coopter le mouvement dans son ensemble, via l’assemblée Inter-quartiers. Ceci eut lieu peu après la création de l’Inter- quartiers, avec des journaux locaux notant la présence croissante des partis politiques traditionnels à l’Assemblée à peine un mois après sa création. [...] Les partis considérèrent les assemblées comme un mouvement bourgeonnant de la classe moyenne d’un très haut potentiel et chacun des partis de gauche avait sa propre vision de comment l’énergie de ces assemblées devrait être mise à profit le plus efficacement.

 

Thompson mentionne plusieurs exemples amusants montrant la manière dont les partis politiques voyaient le mouvement des assemblées, le plus explicite étant celui du Parti des Travailleurs Socialistes – qui tenaient les assemblées en haute estime pour leur pratique de la démocratie directe (qui était similaire à celle des Soviets durant la Révolution russe) – pour qui les assemblées et l’Inter-Quartiers étaient une méthode pour « entrer sur la scène des principales batailles de la classe travailleuse » et gagner « le soutien du prolétariat ».

 

Il y eut des tentatives de résister à l’influence des partis. Les règles de vote à l’Assemblée de Ville furent par exemple modifiées, du droit de vote de tous les participants au droit de vote par assemblée, de manière à ce que les partis ne puissent pas noyauter l’Assemblée de Ville en la remplissant de leurs militants. Mais au final ces tentatives ne sauvèrent pas le mouvement:

 

Les partis parvinrent à leurs fins malgré les résistances et eurent une grande influence sur le mouvement dans son ensemble. Quelques jours après que les indépendants aient réussi à changer les règles de vote à l’Interbarrial, les partis de gauche firent pression sur le mouvement pour créer une nouvelle instance coordinatrice au dessus de l’Interbarrial. Ouvertement partisane, cette organisation, connue sous le nom de Groupe de Coloumbres, fut une tentative de « créer une instance de prise de décision suprême pour l’ensemble du mouvement des assemblées, en dépit du désaccord des autres groupes et des indépendants. »

 

L’influence des partis ébranla finalement le mouvement. Trois après que l’Interbarrial ait été créée, des membres du Parti des Travailleurs et du Mouvement Socialiste des Travailleurs rompirent la paix au sujet des stratégies de mobilisations pour le 1er mai (…). C’est à la suite de cette dispute et du chaos interne qu’elle causa que l’Interbarrial disparut graduellement. Avec l’augmentation continue des interventions partisano-partisanes à l’Interbarrial « beaucoup d’indépendants [membres des assemblées] se sentirent dépossédés et infiltrés et décidèrent de partir… certaines assemblées disparurent ainsi ». Finalement, les assemblées n’étaient plus même capables de trouver des accords sur les plans d’action collective à entreprendre ni sur les objectifs du mouvement, de sorte que fin 2002 l’Interbarrial s’arrêta de fonctionner.

 

Thompson évoque également une autre division importante, au sein du mouvement, qui apparut assez rapidement, entre ce que l’on peut appeler les assemblées « de quartier » et les assemblées « populaires ». Les assemblées de quartier étaient bien plus modérées dans leurs orientation politiques. Elles voyaient la crise économique de 2001 comme le résultat d’un système politique corrompu, et pensaient que ce système pouvait être modifié. Les assemblées de quartier concentrèrent également leurs efforts sur les activités qui pouvaient satisfaire les besoins immédiats des quartiers, comme les cuisines communautaires, les cours, les infirmeries etc. Les assemblées populaires, d’un autre côté, étaient révolutionnaires par essence et rejetaient le système politique représentatif dans son ensemble. Elles se voyaient également comme faisant partie d’un mouvement anti-capitaliste plus large, et concentraient leurs efforts à organiser des actions avec d’autres organisations anti-capitalistes telles que les associations radicales de chômeurs.

 

Selon moi, une des limites du mémoire de Thompson est qu’elle analyse cette division comme la conséquence de l’implication des partis politiques. Bien que l’action de ces partis – tout comme d’autres forces idéologiques telles que les anarchistes ou les autonomistes – ait pu entraîner une accentuation de cette division, je pense que c’est une contradiction logique qu’il n’est pas étonnant de rencontrer dans des mouvements de ce type. Cela reflète à la fois la tension entre les objectifs de court-terme (les besoins immédiats de la communauté) et la vision de long-terme (une société alternative) et le fait que tout mouvement d’assemblées est constitué aussi bien de forces modérées que de forces radicales, qui doivent co-exister dans la même organisation. De manière regrettable, le mouvement des assemblées à Buenos Aires n’est pas parvenu à surmonter ces tensions et cela a saboté le mouvement alors qu’il n’en était encore qu’aux premières étapes.

 

Les concessions du Gouvernement

 

Il y eut des tentatives de la part du gouvernement de réprimer mais également de co-opter le mouvement : « En février 2003, le gouvernement initia une campagne contre divers mouvements sociaux à Buenos Aires dans le but de mettre un terme aux occupations d’immeubles et d’usines. La police entreprit une série d’expulsions forcées des assemblées qui souvent tournèrent à la violence. » Le gouvernement essaya également de co-opter des membres des assemblées en les impliquant dans l’action de démembrements de l’État appelés Centres pour le Management et la Participation.

 

Mais de manière générale ces tentatives furent plutôt inefficaces. Ce qui eut un impact bien plus grand, ce fut les concessions faites par le gouvernement à un moment où le mouvement battait déjà de l’aile du fait des divisions politiques :

 

La répression de l’État vis-à-vis des assemblées fut couplée d’efforts pour satisfaire les demandes les plus modérées du mouvement, ce qui conduisit à une re-légitimisation des institutions politiques traditionnelles et à la fin du mouvement. A la suite des grandes mobilisations anti-étatiques qui eurent lieu après la mort des deux activistes du Mouvement des Travailleurs Sans Emploi (MTD), le gouvernement commença à proposer des Plans de Lutte contre le Chômage sur 6 mois aux leaders du MTD, ainsi qu’aux assemblées. [...] Encore plus influent dans la tranquillisation du sentiment anti-étatique fut le processus de dégel et de remboursements partiels des épargnants de la casse moyenne qui avaient été floués. Cette stratégie permit d’initier le processus de consolidation du pouvoir au niveau national et de causer des divisions entre les assemblées (qui voyaient certaines de leurs demandes entendues) et les mouvements du MTD et des Piquetero (qui étaient toujours désunis et demandaient des concessions de la part de l’État sous la forme de Plans de Lutte contre le Chômage).

 

C’est alors, en 2003, qu’arrivèrent les élections nationales. En un saisissant contraste d’avec les sentiment anti-étatiques qui avaient conduit à la création du mouvement des assemblées, nombre des activistes du mouvement se lancèrent dans les campagnes électorales en faveur des partis de gauche. Cela eut pour effet de renforcer les divisions qui existaient déjà au sein des assemblées. « L’Assemblée des Collèges », par exemple, soufra d’une fracture irréparable au moment de la campagne. Les membres affiliés à des partis organisèrent un festival de rue de soutien aux divers partis politiques de gauche, tandis que les membres indépendants, pour protester, organisèrent leur propre festival pour dénoncer la ‘farce des élections’. »

 

Mais le fait est que même certains des partisans les plus radicaux de la démocratie directe et de l’anti-capitalisme au sein du mouvement des assemblées s’impliquèrent dans les élections, dans le but d’empêcher Carlos Menem – le président qui avait mené l’Argentine dans la crise, du fait de sa politique néo-libérale extrême – d’être réélu :  « Selon Martín Krymkirwicz, membre stable de l’assemblée des Colombres, la participation aux élections ne représentait pas un espoir quelconque, mais plutôt une action motivée par la peur de ce qui pourrait arriver si l’extrême-droite prenait de nouveau le pouvoir. Krymkirwicz expliqua : ‘nous étions contre les élections, mais si Menem avait gagné cela aurait pu être bien pire pour tous les mouvement sociaux’. »

 

Néstor Kirchner du parti populiste Péroniste gagna les élections de 2003, sur une campagne centrée (entre autres choses) sur l’élimination de la corruption au sein du Parlement et de la Cour Suprême (deux des « demandes clefs » des mouvements des assemblées) »:

 

Les décisions prises par Kirchner parvinrent à tranquilliser la plupart des protestations et permis à l’État de retrouver une légitimité aux yeux de la classe-moyenne. Au fur et à mesure que les membres des assemblées furent remboursés petit à petit de leurs pertes et purent retourner à un mode de vie plus proche de celui auquel ils étaient habitués, les raisons de poursuivre la résistance contre l’État déclinèrent. Comme un membre d’une assemblée l’a expliqué, « Les assemblées permettaient d’entrer sur la scène politique, mais aussi d’agir en réponse aux besoins basiques des habitants, comme les cuisines communautaires… les choses que les gens n’avaient pas… afin de fournir une réponse grâce au développement des solidarités et de chercher des solutions aux problèmes concrets de la vie de tous les jours. C’était la raison d’être des assemblées. » Dés lors, et alors même que les assemblées faisaient émerger un message anti-politicien, l’État fut capable de changer l’état d’esprit des gens grâce à la mise en application stratégique de réformes clefs.

 

Même s’il n’avait obtenu qu’1/4 des voix lors des élections, la côte de popularité de Kirchner deux ans plus tard était montée à 70 %. Les besoins basiques étant de nouveau accessibles pour le plus grand nombre, les raisons de continuer à aller aux assemblées déclinèrent jusqu’à ce que le mouvement disparaisse totalement en tant qu’acteur majeur de la vie politique et sociale.

 

Quelques enseignements

 

Thompson ne livre pas ses pensées quant aux enseignements que peuvent tirer de l’expérience argentine d’autres mouvements d’assemblées, mais si je voulais le faire je dirais ceci :

 

    • Les partis politiques constituent une grande menace pour les mouvements d’assemblées. Le fait que les assemblées populaires puissent constituer une alternative au présent système politique ne les intéresse pas ; ce qui les intéresse plutôt est l’utilisation des assemblées pour recruter de nouveaux membres ou pour mobiliser les électeurs pendant les campagnes électorales.

 

    • Les assemblées – ou plutôt les tendances au sein des assemblées qui désirent renforcer le pouvoir des assemblées vis-à-vis du système politique conventionnel – doivent trouver des moyens pour minimiser l’influence des partis politiques sur les assemblées. Cela ne veut pas dire expulser les membres ou sympathisants des différents partis (les assemblées populaires doivent être ouvertes à tous les citoyens sur un territoire) mais plutôt mettre en place des stratégies qui permettent de les empêcher de s’accaparer les assemblées et de les diviser selon les lignes partisanes habituelles. De telles stratégies pourraient être des systèmes de vote qui donnent la préférence aux assemblées locales (comme cela fut fait à l’Assemblée Interbarrial de Buenos Aires), ou l »interdiction des symboles politiques lors des assemblées et des manifestations qu’elles impulsent (à l’image de ce qui est fait actuellement dans le mouvement des assemblées en Espagne).

 

    • Les activistes à l’intérieur des mouvements d’assemblées ont besoin de prendre en compte le fait que dans les assemblées, convictions modérées et radicales se côtoieront. Pour avoir un soutien massif de la part de la population, ces forces modérées et radicales doivent coopérer – au moins pour une certaine période. Cela confère une lourde responsabilité pour les gens qui cherchent à construire une politique alternative à travers les assemblées, car cela signifie qu’ils doivent bien peser la nature des propositions et demandes à mettre en avant de manière à ce que les assemblées gagnent en soutien populaire tout en continuant d’avancer.

 

    • Si les assemblées ne veulent pas être qu’un phénomène éphémère, elles devront éviter que trop de leurs membres arrêtent d’y participer une fois que le gouvernement a accédé à leurs demandes minimales. Ceci est particulièrement vrai pour les assemblées nées dans des périodes de crise économique et sociale, comme les assemblées argentines ou les assemblées aujourd’hui en Grèce ou en Espagne. Les assemblées auront besoin d’avoir une politique de long terme et d’être capable de radicaliser leurs demandes et leurs actions dans leurs communautés et au niveau national. Une telle politique « assembléiste » de long-terme ne sera développée ni par les partis politiques ni par les modérés au sein du mouvement, mais plutôt par ceux qui portent une vision d’une société démocratique participative.

Je conclurai ce compte-rendu du mémoire de Mariah Thompson en disant que ce dernier contient bien plus d’informations que ce que j’en ai résumé ci dessus. Ce que je trouve moins pertinent est son utilisation de la « théorie du mouvement social » de Sidney Tarrow, même si elle sert d’outil analytique pour dégager les nombreuses conclusions que j’ai énumérées plus haut. Il n’en reste pas moins que son mémoire constitue un exposé fascinant sur l’émergence et la disparition du mouvement des assemblées à Buenos Aires (qui est bien plus détaillé que ce que j’ai pu exposer ici), et j’encourage fortement les lecteurs de New Compass – et tout particulièrement ceux qui sont impliqués dans des mouvements d’assemblées – à le lire pour pouvoir pleinement tirer profit du travail de Thompson.