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La qualité des règles qu’une société se donne (vont-elles dans l’intérêt général) dépend de la manière dont ces règles sont élaborées. Le caractère non démocratique du processus d’élaboration de décisions politiques qui touchent 500 millions d’européens pose de sérieux problèmes à nos sociétés. Heureusement, cela n’a rien d’irrémédiable.

« Bruxelles Business » – Mais qui contrôle vraiment l’Europe ? est une excellent enquête-reportage écrite et réalisée par Friedrich Moser et Matthieu Lietaert, diffusée sur Arte le 12 février 2013. En voici la présentation, faite sur le site internet de la chaîne :

« Aux abords des institutions européennes, il existe pas moins de 2500 structures de groupes de pression et plus de 15 000 lobbyistes (…) Cette enquête propose de pénétrer dans les coulisses, souvent obscures, de la Commission européenne, là où se décident, se peaufinent et s’amendent des lois qui touchent directement les citoyens de l’Union. Un système législatif complexe et fragile que les industriels et les multinationales ont appris à manipuler et à influencer via des représentants au carnet d’adresses bien rempli, experts en technique de persuasion. »

Où l’on apprend, notamment grâce au travail de citoyens (l’association CEO) qui étudient l’influence des lobbys à Bruxelles et qui luttent pour faire évoluer la façon dont les décisions sont prises – des citoyens « indignés de constater que ceux qui ont beaucoup d’argent (et notamment les grandes entreprises) ont les moyens de s’immiscer dans les processus de décision et de contrôler ce qui devrait être un mécanisme démocratique » -, que les parlementaires ou commissaires européens, entre autres, sont soumis à de fortes tentations de la part de lobbys (grandes entreprises ou associations de grandes entreprises) aux budgets quasi-illimités dont les bureaux font face aux leurs, et chez qui ils pourront, ensuite, aller travailler. « Ce n’est pas de la démocratie » analysent le CEO (Corporate Europe Observatory).

Pour se mettre l’eau à la bouche quant à ce reportage extrêmement bien fait, on peut reprendre les propos du directeur d’un de ces lobbys, celui de l’European Services Forum (association des géants du secteur des services, représentant pas moins de 85% de tous les exportateurs et de tous les investisseurs du secteur des services [ndrl : eau, éducation, électricité, gaz, transports, santé, gestion des déchets, télécommunications...] – soit, en chiffre d’affaire, quelques 50 % du PIB de l’UE) : « Tout le monde croit que les lois sont faites par les institutions de l’Union européenne, à savoir la Commission, le Conseil des ministres et le Parlement européen, mais derrière ces institutions il y a tout un monde parallèle qui travaille à les influencer »